Vatagna

Maïs transgénique 

Hervé Kempf | Mardi 11 Janvier 2005 | Commentaires [0] | Bookmark and Share

Le gouvernement britannique autorise la culture d'un maïs transgénique en 2005

LE MONDE | 10.03.04 | 13h36

Le feu vert est assorti de conditions restrictives
"C'est un pas symbolique, mais il faudra encore beaucoup de pas pour y
arriver» : Julian Little, de l'Agricultural Biotechnology Council
(ABC), manifeste un enthousiasme très modéré à l'égard de
l'autorisation par le gouvernement britannique de la culture d'un maïs
transgénique.

C'est que cette autorisation est entourée de telles conditions qu'il
est impossible de la comprendre comme un blanc-seing. "Ce maïs ne
pourra pas être planté cette année, et on aura beaucoup de chance si on
peut le cultiver l'année prochaine", poursuit M. Little.

En effet, la décision du gouvernement de Tony Blair, annoncée à la
Chambre des communes, mardi 9 mars, par Margaret Beckett, secrétaire
d'Etat à l'environnement, est soigneusement calibrée pour exprimer un
"oui" accompagné de très gros "mais". L'autorisation de culture n'est
accordée que pour une variété de maïs transgénique résistant à
l'herbicide Liberty, le Chardon T 25 produit par la firme
BayerCropScience, mais est refusée aux betteraves et aux colzas.

Encore ce maïs ne pourra-t-il être cultivé que dans des conditions
précises, définies lors d'expériences scientifiques menées pendant
trois ans à l'instigation du gouvernement : ces études visaient à
analyser l'effet des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur la
biodiversité. Comme ces études se référaient à un herbicide,
l'atrazine, en voie d'interdiction en Union européenne, il va falloir
adapter le régime d'autorisation du maïs de BayerCropScience. Cela
implique un retour dans la procédure européenne d'autorisation, et
notamment une modification de l'avis favorable initial qui avait été
délivré avant 1998 par la Commission du génie biomoléculaire française.
"Je ne prévois pas de culture commerciale du maïs OGM avant le
printemps 2005 au plus tôt", a déclaré Margaret Beckett.
Enfin, la secrétaire d'Etat a annoncé une mesure corsetant davantage
encore le développement des OGM en Grande-Bretagne. Des règles de
coexistence des cultures transgéniques et conventionnelles devront être
mises en place, et prévoir la compensation des agriculteurs dont les
champs se verraient contaminer par des OGM : "Toute compensation
devrait être financée par le secteur biotechnologique lui-même, et non
par le gouvernement ou les producteurs de cultures non transgéniques",
a précisé la secrétaire d'Etat. Cela signifie que la responsabilité des
contaminations incomberait à l'industrie, ce qui altérerait l'intérêt
économique des OGM.

UNE OPINION RÉTICENTE

La position du gouvernement lui permet de sortir habilement du
casse-tête transgénique : l'autorisation du maïs Chardon T 25 montre
que la décision s'appuie sur des études scientifiques ; elle manifeste
à l'égard des Etats-Unis, qui ont attaqué l'Europe devant
l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qu'il n'y a pas de blocage
des OGM. Mais les conditions qui l'assortissent permettent de
satisfaire une opinion majoritairement opposée aux aliments
transgéniques, comme l'a montré un vaste débat public mené en 2003,
également à l'instigation du gouvernement britannique. Et celui-ci a
ouvert, avec la question de la responsabilité, un terrain de manœuvre
important. Il semble suivre sur ce point l'avis du Parlement : début
mars, le Comité sur l'environnement de la Chambre des communes avait
rendu un rapport très critique sur les OGM. Il concluait notamment
qu'avant toute culture transgénique "un régime clair et complet" de
responsabilité devrait être établi.

Ainsi, la porte des OGM en Europe ne s'ouvre-t-elle qu'avec une
réticence extrême. La décision anglaise intervient en effet après que
le gouvernement allemand a annoncé une loi autorisant les cultures
transgéniques, mais là aussi avec un régime de responsabilité
financière exigeant. La question de la coexistence entre OGM et non OGM
et de la responsabilité des entreprises pourrait ainsi devenir l'enjeu
central de la bataille transgénique dans les prochains mois.

Hervé Kempf

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